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Défendre l'environnement

SDHI : Un révélateur ?

29 Octobre 2019 , Rédigé par ADENY

Un collectif de chercheurs a déclenché en 2018 une alerte sur les effets d’une famille de fongicides qui auraient été insuffisamment évalués. Il demande la suspension de ces produits et qu’une nouvelle étude de santé soit réalisée.

À l’initiative de Pierre Rustin, un collectif de 9 chercheurs d’horizons divers1, appelle l’attention sur une classe de fongicides, les SDHI (Inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), utilisés largement en agriculture. Ces fongicides détruisent les champignons et moisissures qui peuvent se développer sur le blé, l’avoine, l’orge, le seigle, les cerisiers, les carottes, les fraisiers, les laitues... et sont même utilisés sur les pelouses des stades et terrains de golf. On trouve des résidus de SDHI dans l’eau, l’air et les aliments.

Les SHDI agissent au niveau des mitochondries, organites internes aux cellules, en inhibant la chaîne de production d’ATP2, l’énergie vitale de la cellule. Sans son carburant, la cellule meurt ou est gravement endommagée. Ce processus, qui détruit les maladies fongiques sur les végétaux, est le même pour tous les êtres vivants : vers de terre, abeilles... et hommes. Les 9 chercheurs, spécialistes des maladies mitochondriales, ont découvert, au terme de plus de 10 années de recherches, que le disfonctionnement de la chaîne ATP induit par les SDHI est à l’origine de maladies diverses : maladies neurodégénératives, leucodystrophies, microcéphalies, neuropathies, hypothyroïdies, cardiomyopathies, cancers colorectaux et rénaux...

SDHI : Un révélateur ?

En juin 2018, le collectif de chercheurs a obtenu un rendez-vous avec les "experts en toxicologie" de l’ANSES3mais aucun d’entre eux n’avait de connaissances sur les maladies mitochondriales. Dialogue de sourds et fin de non recevoir. Gérard Lasfargues, chargé des affaires scientifiques à l’ANSES, considère que "Nous n’avons pas à ce jour d’éléments pour interdire ou suspendre ces produits sur la base d’hypothèses tirées de leur mécanisme d’action".Laurence Huc, du collectif, déclare "L’autorisation de mise sur le marché a été accordée, semble t-il sur les seuls tests standards (toxicologie, génotoxicité...) réalisées par les industriels qui ne mesurent que la toxicité sur les organes et les atteintes sur l’ADN".  Effectivement, depuis la découverte de la structure en double hélice de l’ADN en 1953, par Watson et Crick, des connaissances ont été accumulées sur le fonctionnement des gènes, leur rôle, leurs pathologies... beaucoup de chercheurs voient dans la génétiquel’explication définitive du fonctionnement du vivant. Mais ce serait nier la complexité du vivant. En 1981, la découverte par Anderson de la structure des mitochondries modifie les perspectives. On découvre la complexité du fonctionnement de ces organites qui fournissent l’énergie cellulaire, commandent le fonctionnement  des gènes en les "allumant" ou ne les "éteignant" et fournissent quantité d’autres services à la cellule. Elles sont les véritables chefs d’orchestre cellulaires.  Le mode d’action des mitochondries, qui agissent à distance  sans modifier l’ADN des gènes est appelé épigénétique. Bien d’autres facteurs comme le tabagisme, la pratique sportive, l’alimentation, le stress... sont aussi des facteurs épigénétiques.

Si les connaissances sur l’épigénétique sont connues, pourquoi délivrer des autorisations de mise sur le marché, les AMM, sans tester les atteintes du produit sur les mitochondries ? Ignorance ? Paresse intellectuelle ? Conflits d’intérêts avec les producteurs de produits phytosanitaires ? En tous cas les  AMM délivrées selon les canons de la toxicologie classique sont gravement défaillantes.  Les tests  sur les effets épigénétiques seraient t-ils trop coûteux ? Y aurait-il d’autres raisons ? 

SDHI : Un révélateur ?

Si on se réfère aux notes techniques d’ARVALIS Institut de végétal, grand conseiller en produits phytosanitaires auprès des agriculteurs, on suspecte une des raisons du refus de prendre le problème des SDHI en compte. Selon ces notes, les maladies cryptogamiques deviennent de plus en plus résistantes aux fongicides. Le pourcentage de souches très résistantes aux triazoles et faiblement résistantes aux SDHI progresse rapidement Les SHDI restent encore, pour le moment, un des traitements les plus efficaces sur la septoriose du blé ou l’helmintosporiose de l’orge... mais pour combien de temps encore ? Le jour où les SDHI, comme le boscalid ou le fluopyram, deviendront inopérants, on aboutira à une impasse technique majeure, car il n’existe actuellement aucune alternative.  Le refus de reconnaître les effets délétères des SHDI serait-il une stratégie pour conserver la maitrise d’un marché juteux et pour retarder la prise de conscience que l’utilisation massive de produits chimiques en agriculture mène à une impasse ?

septoriose sur blé

septoriose sur blé

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